Oya’wih
Œuvres des artistes
Eruoma Awashish, Dayna Danger, Cedar Eve, Patricia Langevin, Andrée Levesque Sioui, Virginia Pesemapeo Bordeleau et Cheyenne Rain LeGrande
Michèle St-Amand, commissaire
Eruoma Awashish (Atikamekw Nehirowisiw)
Wapikoniskaw, fleurir de l’intérieur, 2025
Photographie montée sur aluminium
Photographe collaborateur : Mathieu Langevin
Kitcitwa Iskwewok, femmes sacrées, 2026
Matériaux mixtes et éléments végétaux
Cet autoportrait de l’artiste est une puissante manifestation de la féminité, de la sensualité et de l’empowerment des femmes autochtones, Nehirowi iskwewok. Y apparaissant drapée dans une couverture, les cheveux détachés, elle laisse émerger de sa bouche des fleurs qui symbolisent à la fois la vie, la douceur, la fragilité et une force intérieure indomptable. Ces fleurs incarnent l’intériorité féminine, symboliquement l’utérus, ce foyer sacré où prend naissance la vie, Matisiwin. Un symbole de pouvoir à la fois fragile et puissant.
L’œuvre s’inscrit dans une démarche de réappropriation et de résistance culturelle face aux séquelles du colonialisme et de la religion, qui ont détourné et réduit la sexualité féminine autochtone à un tabou ou une source de honte. En réaffirmant la sexualité comme un espace naturel, sacré, libre et vivant, l’artiste fait renaître une vision ancestrale aujourd’hui revendiquée, rétablissant la place des femmes dans leurs sociétés traditionnelles. Cette image est une invitation à renouer avec un équilibre essentiel entre corps, esprit, culture et nature, célébrant une puissance féminine autonome et souveraine.
Dayna Danger (Métis-Saulteaux-Polonais·e)
Sharky, 2023
Impression numérique montée sur aluminium
Sharky’s Mask, 2023
Cuir de chèvre noir recyclé, fil blanc, perles tchèques, dents de caribou, galon et ruban rouge
Masque cousu par Kiri Skuce, de la série Kinship Masks
Sharky et Sharky's Mask sont le fruit d'une collaboration entre l'artiste Dayna Danger et la sculpteuse sur pierre à savon Mary Sharky, alias Miali. Le masque de Sharky est recouvert de symboles floraux représentant certains membres de sa famille : ses trois filles et ses parents. L’artiste visuelle inuit asinnajaq a elle aussi collaboré à la conception du masque : avec Mary, elle a élaboré le tatouage facial qu’elle aimerait avoir un jour, qui se retrouve représenté grâce au fil blanc. Ici, les galons honorent le style artistique unique de Miali.
Les œuvres font partie de la série Kinship Masks, composée de sept masques fétiches en cuir rehaussé de perles et de huit photographies de grand format. Les personnes qui ont participé ont été photographiées portant les masques, dans un rejet délibéré et politique du regard voyeuriste. La série utilise des références symboliques à la communauté kink pour remettre en question de manière critique la visibilité et le refus en redonnant du pouvoir aux corps marginalisés. Chaque masque est unique à la personne qui le porte, avec des motifs et des dessins inspirés de son art corporel et de son histoire personnelle. La série crée une suspension de la réalité, échangeant des dynamiques complexes de sexualité, de genre et de pouvoir tout en mettant en œuvre le consentement.
Cedar Eve (Anichinabée)
Que Pasa Baby? Pt. 2, 2026
Acrylique sur toile
Le spectre de la transformation humaine
Voyage dans le temps; une compilation des sois du passé/présent/futur embrassant le changement et le mouvement comme quelque chose de plus grand que soi
Interconnectés, symbiotiques
Fluidité de l’identité
Les soins communautaires et la bienveillance au sein des familles autochtones
Une nouvelle vie accueillie par nos esprits/ancêtres
Comme une grande étreinte
Patricia Langevin (Pekuakamiulnu)
13 pleines lunes / Kutulnu ashu nishtu shakassineu tapishkau-pishimu, 2025
Installation de verre soufflé sur bois de caribous, d’orignaux, de chevreuils et sur bois flotté
Nous, les femmes, sommes porteuses d’eau.
Le cycle de notre corps est intimement lié au cycle lunaire de 28 jours.
Inspirées des 13 pleines lunes de l’année, 13 femmes, 13 identités, 13 univers. En 2026, pourquoi ne pas célébrer le chiffre 13 ?
À travers cette installation intime, appréhendez l’univers d’une sexualité non colonisée. À l’aide d’une lampe de poche, mettez en lumière l’unicité de ces femmes vibrantes et rayonnantes qui honorent leur diversité. Des femmes connectées à leur spiritualité ancestrale, libres et fières.
Dans cet espace, avoir ses lunes, ses menstruations, est synonyme à la fois de beauté, de fragilité, de recueillement et de célébration du vivant !
Andrée Levesque Sioui (Wendat)
Öne tsotratih, 2026
Métal, cuir, fourrure, laine de bison et mouton, sphaigne et autres mousses, quenouilles, duvet, feuilles, bois, cosses de maïs, tiges de phragmites, perles, fil, jute, cordes, tissus coton, lin, satin, ruban, coquillages, styromousse
Öne tsotratih, l’astre de la nuit s’est renouvelé.
A’tikwänonhronhkwänion’ de wahsonta’yeh yändicha’ onywahchiouta’ah, nous la remercions notre grand-mère, la lune. Elle fait ses rondes dans le ciel nocturne, elle nous veille, nous guide, nous reconnaît dans nos cycles féminins et comme porteuses d'eau.
Önhetien yarenda’, les cérémonies des femmes aussi appelées sous la cosse de maïs ou le jeûne des petits fruits selon les peuples, continuent à se transmettre de grands-mères et mères en jeunes femmes à l’aube de la puberté. L’essentiel soutien communautaire des rites de passage du monde de l’enfance à l’âge adulte est amorcé pour rester ; les aînées accompagnent yawinonh, les jeunes femmes dans leurs changements physiques, émotionnels, et spirituels vers la maturité sexuelle, ce grand pouvoir de donner la vie. Toute vie étant sacrée, le début des cycles lunaires est une importante célébration et une responsabilité, celle du pouvoir de création et de protection à l'image de Wateronyonnonnenh, Petite Tortue, la gardienne du ciel. La hutte symbolise le jeûne rituel et l’introspection ainsi qu’un espace sécurisant où se rassemblent celles qui sont dans leurs lunes, l’apogée de leur pouvoir.
En opposition à une vision du monde étroite où l’ultime protection proposée aux femmes contre leurs cycles naturels sont des serviettes hygiéniques ou des tampons ultra absorbants, les rituels ancestraux font office d'intime protection, de reconnaissance, de joie, de fierté, de soutien indéfectible et de responsabilisation face à la vie.
Un cycle de 13 lunes pour connecter avec son pouvoir et toute une vie pour l'honorer.
Virginia Pesemapeo Bordeleau (Eeyou)
Wapokoni, 2025
Tissus, fil de broderie
Sur le thème de la sexualité féminine joyeuse et assumée, je me suis inspirée de mon roman L’amant du lac (Mémoire d’encrier, 2013), plus précisément du personnage de Wapokoni, une jeune femme autochtone qui tombe sous le charme d’un inconnu qui accoste sur la grève de la pointe de terre où son clan vit la période estivale.
Son prénom anicinape, Wapokoni, signifie Fleur en langue française, et il existe dans la forêt boréale une orchidée qui ressemble vaguement au sexe féminin. Je présente quatre broderies suggérant une montée du désir à travers la représentation de ces fleurs sauvages par l’utilisation de la couleur rouge, de plus en plus présente d’une toile à l’autre. Trois œuvres sont de mêmes dimensions, puis la plus grande porte le titre en syllabique eeyou.
Cheyenne Rain LeGrande ᑭᒥᐘᐣ (Nehiyaw)
ᐅᒉᒣᐤKissing Myself ᐅᒉᒣᐤ, 2025
Impression sur satin, tendue sur cadre de bois de peuplier, ruban, œillets de métal
Ce travail s'inscrit dans la continuité de mon approche artistique consistant à embrasser mon corps à travers l'art performatif et à exprimer mon identité queer. Pour moi, la sexualité consiste à s'aimer soi-même et à partager cet amour avec les autres. Pour cette exposition, j'ai inclus une image de Kissing Myself. Je voulais mettre en avant mon maquillage Nehiyaw Alien, terme que j'utilise pour me désigner. Il résume la façon dont je me présente au monde. C'est une expression de ma façon de me maquiller, de m'habiller. Il évoque également mon lien avec mes ancêtres, les étoiles et le sentiment d'être un être céleste.