TRAVAUX À L’AVEUGLE

RENÉE LAVAILLANTE

TRAVAUX À L’AVEUGLE

Renée Lavaillante TRAVAUX À L’AVEUGLE © Renée Lavaillante, exposition "Travaux à l'aveugle", Galerie B-312, 2002.
© Renée Lavaillante, exposition "Travaux à l'aveugle", Galerie B-312, 2002.
12 octobre 2002 - 9 novembre 2002

La Galerie B-312 a le plaisir d’accueillir trois œuvres grand format de Renée Lavaillante : Travaux à l’aveugle II, Qui sait comment toucher le sol et Travaux à l’aveugle III. Chacune d’elles témoigne d’expériences particulières de tracement dans lesquelles Renée Lavaillante explorait l’idée répandue que l’œil guide la main.—Travaux à l’aveugle II est constitué de neuf dessins sur papier incrusté de fragments de végétaux où, les yeux fermés, l’artiste dessinait au crayon sec les rugosités qu’elle repérait au toucher. Qui sait comment toucher le sol rassemble des dessins sur papier Herculène où l’artiste a tracé des boucles avec un bâton de roseau à la pointe duquel elle avait fixé un crayon gras. Le roseau était assez long pour permettre à l’artiste de rester debout et bien droite, les deux pieds sur les bords latéraux de la feuille placée au sol. Travaux à l’aveugle III réunit quinze dessins où l’artiste a dessiné au crayon sec le parcours des promeneurs du parc de Pourtalès à Strasbourg. Avant de commencer, elle prenait soin, à chaque fois, de transformer une feuille de 50 par 65 centimètres en un plan du parc en y gaufrant un certain nombre de repères au moyen desquels elle allait situer le promeneur sur le plan, et pouvoir ainsi dessiner sa promenade sans le quitter des yeux.—Renée Lavaillante accomplit de la sorte un retour méthodique à une pratique du dessin qui tient compte du bénéfique outrage des tenants de l’Automatisme, lorsqu’ils invoquaient à la fois l’absence de dess(e)in et la responsabilité entière du résultat. C’est du moins à l’horizon d’un tel contexte que nous pouvons comprendre le choix de l'artiste de travailler par projets, où les contraintes lui permettent de provoquer des tracements, en apparence aléatoires, mais qui s’avèreront paradoxalement d’une remarquable précision sur le déroulement du processus, sur les contingences rencontrées et sur les structures que les différents matériaux utilisés imposaient d’emblée à leur utilisatrice. Du coup, Renée Lavaillante laisse être, entre œil et main, un travail qui n’a rien d’une réalisation accomplie, d’un résultat achevé, d’une question résolue, mais tout d’une entreprise solitaire, c’est-à-dire unique et singulière, d’un travail de filiation à la fois contraire au concept moderne de rupture et à son opposé postmoderne d’hybridité.

—Jean-Émile Verdier

 

RENÉE LAVAILLANTE

TRAVAUX À L’AVEUGLE

12 octobre 2002 - 9 novembre 2002
Renée Lavaillante TRAVAUX À L’AVEUGLE © Renée Lavaillante, exposition "Travaux à l'aveugle", Galerie B-312, 2002.
© Renée Lavaillante, exposition "Travaux à l'aveugle", Galerie B-312, 2002.

La Galerie B-312 a le plaisir d’accueillir trois œuvres grand format de Renée Lavaillante : Travaux à l’aveugle II, Qui sait comment toucher le sol et Travaux à l’aveugle III. Chacune d’elles témoigne d’expériences particulières de tracement dans lesquelles Renée Lavaillante explorait l’idée répandue que l’œil guide la main.—Travaux à l’aveugle II est constitué de neuf dessins sur papier incrusté de fragments de végétaux où, les yeux fermés, l’artiste dessinait au crayon sec les rugosités qu’elle repérait au toucher. Qui sait comment toucher le sol rassemble des dessins sur papier Herculène où l’artiste a tracé des boucles avec un bâton de roseau à la pointe duquel elle avait fixé un crayon gras. Le roseau était assez long pour permettre à l’artiste de rester debout et bien droite, les deux pieds sur les bords latéraux de la feuille placée au sol. Travaux à l’aveugle III réunit quinze dessins où l’artiste a dessiné au crayon sec le parcours des promeneurs du parc de Pourtalès à Strasbourg. Avant de commencer, elle prenait soin, à chaque fois, de transformer une feuille de 50 par 65 centimètres en un plan du parc en y gaufrant un certain nombre de repères au moyen desquels elle allait situer le promeneur sur le plan, et pouvoir ainsi dessiner sa promenade sans le quitter des yeux.—Renée Lavaillante accomplit de la sorte un retour méthodique à une pratique du dessin qui tient compte du bénéfique outrage des tenants de l’Automatisme, lorsqu’ils invoquaient à la fois l’absence de dess(e)in et la responsabilité entière du résultat. C’est du moins à l’horizon d’un tel contexte que nous pouvons comprendre le choix de l'artiste de travailler par projets, où les contraintes lui permettent de provoquer des tracements, en apparence aléatoires, mais qui s’avèreront paradoxalement d’une remarquable précision sur le déroulement du processus, sur les contingences rencontrées et sur les structures que les différents matériaux utilisés imposaient d’emblée à leur utilisatrice. Du coup, Renée Lavaillante laisse être, entre œil et main, un travail qui n’a rien d’une réalisation accomplie, d’un résultat achevé, d’une question résolue, mais tout d’une entreprise solitaire, c’est-à-dire unique et singulière, d’un travail de filiation à la fois contraire au concept moderne de rupture et à son opposé postmoderne d’hybridité.

—Jean-Émile Verdier