Sans souci

ELISABETH HAUTMANN, BETTINA HOFFMANN, ANDREA ROSTÁSY, MARCUS WEBER

Sans souci

Quatre artistes berlinois

Elisabeth Hautmann Sans souci @ Sans souci _ Galerie B-312
@ Sans souci _ Galerie B-312
27 mai 2004 au 3 juillet 2004

Pour sa dernière exposition de la saison, la Galerie B-312 est heureuse d’accueillir Sans souci, une exposition qui réunit quatre artistes berlinois, Elisabeth Hautmann, Bettina Hoffmann, Andrea Rostásy et Marcus Weber. Le projet est une idée de Bettina Hoffmann, mais il ne faut pas y voir l’exposition d’une artiste décidant de porter le chapeau de commissaire. Il serait tout aussi vain de vouloir reconnaître un thème commun aux œuvres, sinon, bien sûr, celui d’un rendez-vous pour la pensée.—L’exposition nous sensibilise à la « manière », différente pour chaque artiste, avec laquelle l’art ouvre sur un monde de fiction qui peut surprendre tellement il ne présente pas la contexture de l’espace-temps physique, historique, social et culturel dans lequel nous sommes plongés seconde après seconde. Pourquoi nous faire ce coup-là, si je puis m’exprimer ainsi ? Pourquoi ouvrir – pour ne pas parler de déchirure – le monde auquel nous sommes familier en en convoquant un qui nous soit étranger, et dont les œuvres sont en quelque sorte le seuil ?—Chez Marcus Weber, le monde n’est plus peuplé d’hommes et de femmes comme vous et moi. Il ne reste que les têtes des corps, et elles ont toutes les attributs du cuisinier. Elles flottent dans les airs, et sont  reliées entre elles par des tubes donnant à l’ensemble l’aspect d’un réseau aussi saugrenu qu’effrayant.—Chez Andrea Rostásy, le monde est une image qui bouge lentement, avec délicatesse et préciosité. Elle a l’aspect d’une peinture suave, qui ne s’attarde qu’aux gestes d’une main en train d’agir sur un outil pour en montrer toute l’ingéniosité, tous les avantages, tout le plaisir qu’on peut en tirer, et finalement tous les bénéfices insoupçonnés qu’il reste à y découvrir, en autant qu’on l’acquiert.—Le monde d’Elisabeth Hautmann et le nôtre ont les journaux d’informations en commun. Mais des dessins en masquent partiellement les pages, qui ne livrent plus dès lors que certaines nouvelles pendant que les autres nous sont en quelque sorte interdites. On pourrait en être frustré, et s’indigner d’une telle privation, mais les dessins sont ingénieux, sensibles et beaux ; ils ont leur logique, on commence à s’y attarder, jusqu’à oublier les actualités dont ces jeux de formes nous privent.—Chez Bettina Hoffmann, le monde est habité par des groupes de gens comme on en voit sur ces photographies qui remplissent nos albums de photos. Pourtant quelque chose d’étrange se surajoute à ce monde d’êtres humains transformés en statues bidimensionnelles. Quelque chose qui ne semble pas avoir d’existence dans notre monde à nous, jusqu’à ce que cela nous rappelle ces pensées, ces regards, ces jugements que nous portons sur autrui, et que nous censurons parce que nous ne pouvons pas les dire sans prendre ou bien un risque radical, ou bien « des pincettes », comme le veut l’expression consacrée, ou encore, et c’est l’option de Bettina Hoffmann et ses invités, sans en passer par la fiction, dont les arts visuels sont une variante.

—Jean-Émile Verdier