In and out

EMANUEL LICHA

In and out

Emanuel Licha In and out 22 avril 2004 - 22 mai 2004

C’est dans l’atmosphère circonscrite et intime de la petite salle de la Galerie B-312 qu’est présenté le témoin d’une intervention réalisée par Emanuel Licha, à l’été 2001, dans un immeuble dévasté par la guerre, à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine. Cette intervention, initialement filmée et photographiée en l’absence de public, nous est proposée ici dans sa version documentée vidéo. Géographe de formation, Emanuel Licha a été sensibilisé « aux questions de paysage et aux façons de l’interpréter dans ses différents contextes sociaux, historiques, politiques ». Sa démarche plastique et son intérêt pour l’achitecture lui ont permis de « croiser ces préoccupations avec celles qui portent sur l’objet tel qu’une discipline comme la sculpture le considère ».—L’intervention in situ d’In & Out consistait pour l’artiste à pénétrer à l’intérieur d’un immeuble, une ancienne école élémentaire, par un tube de velours rouge préalablement fixé à l’orifice d’un trou pratiqué par l’impact d’un obus sur l’un des murs extérieurs ainsi éventré et d’en ressortir aussitôt en rétractant le tube avec lui. Pour l’artiste, « cette action simple souligne la violence du fait d’entrer dans un bâtiment par un trou créé par fait de guerre » et souligne du même souffle l’idée d’un retournement, « qu’une maison dont on est expulsé en temps de guerre crée cet effet de retournement : ce qui était à l’intérieur se retrouve à l’extérieur » et vice versa.—Pour l’occasion, le lieu occupé par la petite salle a été aménagé en autarcie, créant un genre de reliquaire pour l’appropriation du moment témoin. La châsse est entièrement close à l’exception d’une ouverture pratiquée dans la cloison provisoire, seul orifice d’accès et de perméabilité entre les deux salles de la galerie. De l’extérieur, cette ouverture, sous forme d’un trou à échelle humaine suffisant au passage d’un corps, ne révèle que des éclats de lueurs et les fragments sonores percutés des tirs de mortiers. Mais de l’intérieur, cette expérience est d’un tout autre ordre, l’obscurité de la pièce renforce le sentiment d’oppression soutenu par le bombardement saccadé des images et la violence symbolique perpétuée par le martelage sonore. Les esprits curieux ou les moins claustrophobes franchiront ce passage donnant accès à la pièce devenue momentanément condamnée, de sorte à expérimenter l’esthésie dans toute sa brutalité.—Cette intervention démontre de façon cinglante et brutale l’effet d’intrusion de la guerre se comparant aisément au viol, physique et symbolique, dont on ne ressort jamais indemne ; elle démontre également que l’aspect répressif de ce type de conflit agresse non seulement les individus dans leur intégrité sociale et morale, mais aussi dans leur espace physique et mental. L’élection du site d’une ancienne école élémentaire dévastée par la guerre ne saurait être fortuite et nous rappelle avec force que les conflits militaires ne sont pas que des jeux d’adultes, que les dommages dits colatéraux ont pour cible la base même de toute société.

—Marc Desjardins

 

EMANUEL LICHA

In and out

22 avril 2004 - 22 mai 2004
Emanuel Licha In and out

C’est dans l’atmosphère circonscrite et intime de la petite salle de la Galerie B-312 qu’est présenté le témoin d’une intervention réalisée par Emanuel Licha, à l’été 2001, dans un immeuble dévasté par la guerre, à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine. Cette intervention, initialement filmée et photographiée en l’absence de public, nous est proposée ici dans sa version documentée vidéo. Géographe de formation, Emanuel Licha a été sensibilisé « aux questions de paysage et aux façons de l’interpréter dans ses différents contextes sociaux, historiques, politiques ». Sa démarche plastique et son intérêt pour l’achitecture lui ont permis de « croiser ces préoccupations avec celles qui portent sur l’objet tel qu’une discipline comme la sculpture le considère ».—L’intervention in situ d’In & Out consistait pour l’artiste à pénétrer à l’intérieur d’un immeuble, une ancienne école élémentaire, par un tube de velours rouge préalablement fixé à l’orifice d’un trou pratiqué par l’impact d’un obus sur l’un des murs extérieurs ainsi éventré et d’en ressortir aussitôt en rétractant le tube avec lui. Pour l’artiste, « cette action simple souligne la violence du fait d’entrer dans un bâtiment par un trou créé par fait de guerre » et souligne du même souffle l’idée d’un retournement, « qu’une maison dont on est expulsé en temps de guerre crée cet effet de retournement : ce qui était à l’intérieur se retrouve à l’extérieur » et vice versa.—Pour l’occasion, le lieu occupé par la petite salle a été aménagé en autarcie, créant un genre de reliquaire pour l’appropriation du moment témoin. La châsse est entièrement close à l’exception d’une ouverture pratiquée dans la cloison provisoire, seul orifice d’accès et de perméabilité entre les deux salles de la galerie. De l’extérieur, cette ouverture, sous forme d’un trou à échelle humaine suffisant au passage d’un corps, ne révèle que des éclats de lueurs et les fragments sonores percutés des tirs de mortiers. Mais de l’intérieur, cette expérience est d’un tout autre ordre, l’obscurité de la pièce renforce le sentiment d’oppression soutenu par le bombardement saccadé des images et la violence symbolique perpétuée par le martelage sonore. Les esprits curieux ou les moins claustrophobes franchiront ce passage donnant accès à la pièce devenue momentanément condamnée, de sorte à expérimenter l’esthésie dans toute sa brutalité.—Cette intervention démontre de façon cinglante et brutale l’effet d’intrusion de la guerre se comparant aisément au viol, physique et symbolique, dont on ne ressort jamais indemne ; elle démontre également que l’aspect répressif de ce type de conflit agresse non seulement les individus dans leur intégrité sociale et morale, mais aussi dans leur espace physique et mental. L’élection du site d’une ancienne école élémentaire dévastée par la guerre ne saurait être fortuite et nous rappelle avec force que les conflits militaires ne sont pas que des jeux d’adultes, que les dommages dits colatéraux ont pour cible la base même de toute société.

—Marc Desjardins